L’hôtel a été visité par la police : 14 servantes ont pu être libérées des griffes de cinq princesses qui les exploitaient

BRUXELLES
C’est à un réveil totalement inhabituel qu’ont eu droit ce mardi les cinq princesses séjournant depuis un an au quatrième étage de l’hôtel Conrad à Bruxelles. Il était 8 h 45 hier matin lorsqu’une quarantaine de policiers et de membres de l’inspection sociale envoyés par l’Auditorat du travail ont frappé aux 54 portes des chambres (et suite royale) qu’occupent les cinq dames et leurs enfants originaires des Emirats Arabes Unies.

La princesse Hamda, veuve de l’émir Muhammed Khalid Al Nahyan, et ses quatre filles, Shaima, Myriam, Maesa et Rawda, ont été dénoncées pour exploitation économique voire traite des êtres humains et pratiques comparables à l’esclavagisme. La plainte émane de deux de leurs anciennes servantes qui ont réussi à prendre la fuite des murs dorés du cinq étoiles où elles et leurs autres collègues, tous membres du personnel des cinq princesses, affirmaient être privées de leur liberté.

Hier matin, les policiers et les inspecteurs qui ont réveillé les princesses ont quitté les lieux trois heures plus tard, accompagnés des 17 membres du personnel de ces dames, qui ont tous été auditionnés dans l’après-midi. L’Auditorat du travail a accordé le statut de victime à 14 femmes. Ces servantes ont été prises en charge par l’asbl Pagasa, chargée de les reloger. Et qu’en est-il des princesses, qui se contentaient de payer un salaire de 150 euros par mois à certaines de leurs servantes, et 500 pour les plus qualifiées d’entre elles (voir ci-dessous) ?

Hier, l’Auditorat du travail précisait qu’à ce stade, les princesses n’étaient pas inquiétées par la justice. Pourraient-elles donc quitter notre pays sans rien craindre ?

Le député Ecolo Fouad Lahssaini compte, lui, épuiser tous les recours possibles pour empêcher que ces femmes rentrent librement chez elles sans être traduites devant la justice belge qui condamne sévèrement l’exploitation économique.

Du côté de la direction du Conrad, on décline toute responsabilité. Le personnel des princesses se servait pourtant des cuisines de l’hôtel, situées au sous-sol, pour préparer les mets de leurs patronnes. “Oui, il pouvait se servir de nos cuisines mais nous ne posons pas de questions au personnel de nos clients“, se défend Marc de Beer. Un directeur qui a tout intérêt à ne pas critiquer de si bons clients.

L’ambassadeur des Emirats Arabes Unies a lui-même tenté de défendre ces hôtes prestigieux en se rendant dans l’hôtel quelques minutes après l’arrivée des policiers.

Source : Nawal Bensalem, La Dernière Heure


“J’ai tellement peur qu’ils me retrouvent”
Sous les ordres des princesses, elle a réussi à prendre la fuite et à tout dénoncer. Elle nous raconte son calvaire
BRUXELLES Nous l’appellerons Jamila car elle refuse, par crainte de représailles, de dévoiler son identité. La jeune femme de 32 ans accepte par contre de raconter son calvaire, pour que plus jamais d’autres n’aient à vivre une situation similaire.
Il y a deux mois, cette servante qui travaillait pour le compte de la veuve du défunt Muhammed Khalid Al Nahyan, Emir des Emirats Arabes Unis, installée à l’hôtel Conrad depuis un an, a eu le courage de fuir le palace situé avenue Louise. Depuis, elle craint pour sa vie mais c’est surtout grâce à elle que cette affaire d’exploitation économique a pu éclater ce mardi.
J’ai pris la fuite, sans vêtements, sans bagages, sans passeport. Elles vous privent de vos papiers d’identité dès que vous commencez à travailler pour eux“, précise Jamila qui bénéficie désormais du statut de victime. “Je travaillais en cuisine. Comme j’étais la responsable des autres cuisinières, je gagnais 500 euros par mois. Je travaillais jour et nuit. Je n’avais droit qu’à trois heures de sommeil par nuit. J’ai accepté d’être au service de cette famille pour quitter mon pays, le Maroc, et gagner ainsi mieux ma vie. J’ai commencé à travailler pour ces princesses à Abu Dhabi. Ensuite, elles sont venues vivre ici il y a presque un an et j’ai donc été forcée de les suivre à l’hôtel Conrad. La veuve de l’émir, la princesse Hamda, y occupe tout le quatrième étage avec ses quatre filles. Nous étions près de vingt personnes à leur service. Certains avaient le droit de dormir à huit dans une chambre d’un lit double. Moi et plusieurs autres, nous dormions dans le couloir de l’étage“, poursuit la jeune femme, précisant toutefois ne pas avoir été victime de violence physique.
C’était de la violence verbale constante. Elles n’aimaient pas leurs servantes marocaines et tunisiennes. Elles nous traitaient de p…. et de chiennes,… J’avais le droit de sortir de l’hôtel une fois par mois, pas plus. Je n’avais plus le choix. C’était soit mourir, soit fuir“, conclut Jamila.
Et heureusement, la servante a opté pour la seconde solution, ce pourquoi certaines de ses anciennes collègues la remercieront longtemps encore. Grâce à Jamila, elles ont pu à leur tour dénoncer les faits dont elles étaient aussi victimes.
Source : Nawal Bensalem, La Dernière Heure

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