Michael Debreda, 40 ans, croyait en avoir fini avec les arrestations et perquisitions de la cellule anti-terrorisme. Mais à cause de ses liens d’amitié avec Jean-Louis « Le Soumis », la police fédérale a toqué à sa porte ce lundi 9 décembre dans le cadre du dossier des mineurs Belges partis en Syrie. Ce père de famille, qui se revendique ouvertement islamiste, déplore l’amalgame des autorités à son encontre.



Michael nous reçoit dans un petit snack de Forest, commune où il réside. Il annonce directement la couleur. « Je n’ai rien à cacher », lance-t-il. « J’ai une vision littéraliste de la religion musulmane », et d’enchaîner, « selon moi, l’islam est incompatible avec la démocratie. L’Occident est hypocrite et se voile la face en autorisant le Coran qui est en contradiction avec ses valeurs ».

Ce père de cinq enfants a un discours structuré et différent de la majorité des musulmans radicaux. Il s’est converti à l’islam en 1993 et c’est en 2009 qu’il a rencontré Jean-Louis, dit « Le Soumis » D’ailleurs, Michael Debreda et Jean-Louis Denis avaient déjà 2010 été arrêtés et entendus par la justice en 2010 (lire à côté). « Jean-Louis est un ami, même si je ne partage pas sa vision de l’islam. Mais nos divergences ne m’empêchent pas de le considérer comme un frère dans l’islam », explique Michael.

Et ce sont visiblement ces liens d’amitié avec « Le Soumis » qui ont mené à la perquisition du domicile de ce Forestois, lundi matin vers 5h30. « J’ai revu Jean-Louis deux ou trois fois, chez moi et chez des connaissances ces derniers mois. À l’époque, je l’ai mis en garde face à ses prises de positions publiques. Il en faisait un peu trop, il n’y a donc rien d’étrange à ce que la police tente d’en savoir plus sur lui. Mais Jean-Louis a le profil parfait du bouc émissaire, c’est le coupable tout désigné. Les autorités étaient sous pression et avaient besoin d’une tête à faire tomber pour expliquer que des mineurs se radicalisent, délaissent l’éducation de leurs parents, de la société occidentale et décident de partir en Syrie », estime Michael. « Jean-Louis n’est pas un stratège, ni un organisateur. Je ne pense pas qu’il ait conduit des jeunes à l’aéroport ou organisé des départs vers la Syrie. La radicalisation de ces jeunes se fait bien plus souvent via internet où des prêches et des vidéos de Syrie circulent ».

Durant la perquisition de lundi, les policiers de la cellule anti-terrorisme ont emporté deux clés USB et de la paperasse de chez Michael. « Comme je l’ai dit, je n’ai rien à cacher. D’ailleurs, ils m’ont dit : ‘ vous n’êtes pas inculpé, vous êtes libre de vos mouvements ’. Je ne veux pas jouer la victime, je suis islamiste mais pas terroriste. Cette complexité est parfois difficile à comprendre. Mon problème, c’est ambiguïté de la justice, soit j’ai commis un délit et je dois être arrêté, soit je n’ai rien fait de répréhensible et les autorités doivent me laisser tranquille ».

«J'ai été soupçonné d'être le tresorier d'Al Quaïda, grotesque»


Michael Debreda n’en est donc pas à sa première confrontation avec l’anti-terrorisme. En 2010, lors de son interpellation, l’inculpation le désignait même comme « le trésorier d’Al Qaïda en Europe » pour avoir une trentaine de pièces d’or en sa possession. À l’époque, il a été arrêté en compagnie de quatre autres personnes dont Jean-Louis Denis et interrogé durant 9 heures avant d’être libéré sous conditions, conditions levées un an plus tard. Ils étaient tous soupçonnés de fomenter une attaque terroriste. « La police pensait que nous préparions une attaque terroriste dans les gares. Elle se basait sur des conversations sorties de leur contexte et des discussions mal interprétées avec des amis sous écoutes », déplore Michael.

Le jour de cette perquisition, les policiers ont trouvé 30 pièces d’or d’une valeur de 18.000 euros. Toutes ont été saisies. « Il s’agissait d’un investissement financé par la vente de tableaux de mon arrière-grand-père André Hallet chez Christie’s à Amsterdam. Je n’avais pas confiance dans le système bancaire, j’ai d’ailleurs eu raison avec Fortis. Rien à voir avec un quelconque financement du terrorisme, c’est grotesque ! » Trois ans plus tard, Michael Debreda n’a toujours pas revu ses économies et se bat devant la justice pour qu’elles lui soient restituées.