Luc Trullemans contre-attaque - 27 juin 2013




Luc Trullemans contre-attaque - 27 juin 2013



Suite aux différentes sorties dans la presse, Luc Trullemans et son avocat ont refait le point sur «l'affaire», qui se joue à de multiples niveaux. 


  • François-Xavier GIOT


Luc Trullemans et son avocat contre-attaquent. Vingt-quatre heures après avoir été entendu par la police pour s'exprimer sur la teneur exacte des propos, jugés racistes par certains, qu'il a tenus sur sa page Facebook, le météorologue a voulu refaire le point sur les différentes procédures en cours ou en passe d'être initiées dans ce délicat dossier qui l'oppose à RTL mais aussi à l'IRM. Ainsi qu'au MRAX contre lequel une action va être intentée.



  1. Contre RTL Luc Trullemans officiait à l'époque des faits à mi-temps comme météorologue sur RTL et Bel-RTL. Écarté dans un premier temps de l'antenne, il a ensuite été licencié pour faute grave par la direction de la chaîne. Un licenciement contesté par Luc Trullemans et son avocat, Mischaël Modrikamen, qui reproche à RTL, et plus particulièrement à son patron Philippe Delusinne, d'avoir usé de « calomnie» et de « diffamation» à l'égard du météorologue. Le duo réclame 500 000 € à RTL pour l'avoir accusé publiquement d'être « raciste» (pour les propos publiés), « récidiviste» (pour avoir publié à plusieurs reprises des contenus jugés douteux par RTL) et enfin d'être un «menteur» (pour un sms qu'on l'accusait d'avoir envoyé). L'affaire sera introduite ce jeudi devant le tribunal qui doit fixer un calendrier. Mais Me Modrikamen reproche déjà à RTL de vouloir faire traîner les choses. Pour l'avocat et son client, les propos incriminés relèvent du sacro-saint principe de la liberté d'expression. Quant à l'explication avancée par RTL d'une violation de la charte Bertelsmann, du nom de la maison mère du groupe, Luc Trullemans explique n'avoir «jamais entendu ou vu cette charte» et, contrat de travail à l'appui, encore moins de l'avoir signée. 
  2. Contre l'IRM Outre son mi-temps à RTL, Luc Trullemans était (et est toujours) employé par l'Institut royal de météorologie (IRM). Mais une « procédure disciplinaire» a été engagée à son encontre. Pour Me Modrikamen, tout cela n'est que purement formel à partir du « moment où Philippe Mettens (le patron de la politique scientifique) a déclaré qu'il serait sanctionné». Luc Trullemans doit en principe être entendu mercredi prochain. S'il comparaît (sa mission au sein de l'équipe du Solar Impulse pourrait l'en empêcher), il se présentera avec des témoins. Mais selon son avocat, « ses droits sont bafoués». 
  3. Contre le MRAX Le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie « aurait des velléités de déposer plainte» contre Luc Trullemans. Une « attitude sur-prenante», selon Me Modrikamen, qui y voit plutôt une volonté du MRAX de « se refaire une virginité». Et l'avocat de contre-attaquer en annonçant le dépôt d'un dossier au procureur du roi pour dénoncer « les nombreux dérapages» de l'ASBL, accusée de ne pas respecter «ses objectifs initiaux». « Le parquet peut demander sa dissolution», estime l'homme de loi. 
  4. Auditionné par la police Luc Trullemans a aussi été entendu « de manière très informelle» mardi par le parquet qui a ouvert une « information judiciaire». Pas de quoi inquiéter outre mesure l'avocat de l'intéressé qui se dit confiant. Tout comme pour les autres procédures. 



    «Des frontières qu'on ne peut pas dépasser» 
    Pour sa défense, Luc Trullemans oppose le principe de liberté d'expression aux accusations de racisme de RTL. Nous avons sollicité l'avis du Centre pour l'égalité des chances sur cette délicate question. « Pour que ce soit répréhensible, il faut, d'une part, s'attacher à l'intention de l'auteur, et, d'autre part, voir quel est le contexte dans lesquels les propos sont donnés, explique Patrick Charlier, directeur-adjoint de l'institution. Et si l'intention est véritablement d'inciter d'autres personnes à la haine, à la discrimination ou à la violence et si le contexte permet de dire que l'intention est réelle et comparse vers un acte où l'on veut «pousser des personnes à », alors c'est quelque chose qui peut être contraire à la loi. C'est là tout l'exercice qu'il faut faire.» Le Centre, dans le dossier Trullemans, n'a pas jugé bon de saisir la justice. «À partir du moment où il a retiré ses propos et présenté ses excuses vis-à-vis de la communauté musulmane, ça met un doute sur le caractère intentionnel. Et quand on analyse le contexte, on sait que c'est suite à une altercation et à un mouvement d'humeur qu'il a eu.» Cela étant, « la liberté d'expression n'est pas absolue. On peut penser à la calomnie ou à la diffamation. Mais aussi à d'autres domaines comme des questions de santé publique, de publicité mensongère. Quand on estime que la liberté d'expression est un danger pour la société, pour le vivre ensemble, ça peut mener à des violences et c'est en ce sens qu'on encadre la liberté d'expression. Il y a des frontières qu'on ne peut pas dépasser. Dire qu'au nom de la liberté d'expression on ne peut pas critiquer l'islam, le terrorisme, ce n'est pas vrai.»

    F.-K. G. 


    L'avenir 27-06-2013