« Le politiquement correct tue le débat » - 26-06-2013


Eric Zemmour était à Bruxelles mercredi pour parler de son livre et de ses chroniques. 



Cahuzac, Tapie, Bettencourt... la presse française fait enfin de l'investigation ?

C'est la grande thèse de Plenel et de Mediapart Le journalisme a toujours consisté à enquêter, informer et analyser; et éditorialiser. Je ne vois pas pourquoi on oppose les une aux autres, il y a de tout dans un journal. Le problème de Mediapart, c'est qu'ils enquêtent sur des choses qu'ils ont choisies, eux, avec une orientation idéologique et l'emballage moral qui va avec. Je ne vois pas ce qu'il y a de contradictoire avec la tradition française de l'analyse, l'éditorial, le journalisme engagé et littéraire que je défends le mieux que je peux; et qui me paraît aussi noble que l'enquête.

Une politique française trop braquée élection présidentielle ?

C'est fait pour ça. Le problème n'est pas là, il est dans deux dérives. La première, c'est que cette personnalisation a été prise en main par les communicants. La seconde, c'est qu'on a vidé cette bataille de tout enjeu idéologique. On en fait une course de chevaux. La politique est dictée par la Commission européenne, par Berlin. Et on remplace le débat des logiques alternatives par une espèce de mise en scène.

Le politiquement correct ?

C'est lié à ça. A partir du moment où vous n'avez plus de choix politique, vous avez un seul discours imposé par une sorte de nomenclature médiatique qui joue le rôle de prêtre. Ce sont ce que j'appelle « les grands prêtres de la religion nouvelle ». Ils bénissent ceux qui sont dans le droit chemin et ostracisent ceux qui dévient. On est dans une conception religieuse de la politique. Et le débat politique n'en est plus un. C'est devenu une espèce de sermon et de leçon de morale.

Des « vrais débats » ?

On pourrait en avoir beaucoup sur l'Europe, la politique industrielle, la dette, l'immigration, les frontières, l'islam, etc. On ne nous les interdit pas, mais il y a des positions considérées comme « nobles » et d'autres comme « infâmes ».

Des médias anesthésiés ?

Non, mais en France 80% des journalistes sont d'une certaine gauche bien pensante. Ils se serrent les coudes, se protègent entre eux et se surveillent. Ce qui rend la presse un peu monocolore et fait que des gens comme moi sortent plus facilement du lot. Je n'ai pas besoin de mettre de chemise rouge. Comme les gens passent beaucoup de temps devant la télé, ils s'identifient à ce média et ont besoin d'être représentés. Et ils ne supportent plus le fait que leurs idées soient méprisées, dédaignées. Ils ont en tête une sorte de répartition équilibrée par force politique. Et ils ne la retrouvent pas évidemment, ce qui les rend furieux. C'est l'origine du désamour d'une partie croissante de la population pour les médias.

Peut encore tout dire dans les médias ?

Internet a pas mal changé la donne, pour le meilleur et pour le pire. Certains sites donnent un peu de respiration et ouvrent des espaces que les médias traditionnels regardent avec crainte. Je pense à Atlantico ou Boulevard Voltaire, par exemple. Le Figaro essaye, mais c'est un paquebot.

N'y a-t-il pas non plus une sorte de léthargie du public ?

Je ne trouve pas, mais les gens ont leur vie, leurs problèmes, d'autres soucis : les fins de mois, payer le loyer, éduquer leurs enfants... Moi, je leur dis : réveillez-vous, il y a une guerre idéologique là. Mais ce n'est pas facile pour eux.

La bien-pensance a encore de beaux jours devant elle ?

Ben oui, puisqu'elle est portée par une caste de prêtres qui en ont fait une religion. Fondamentalement, ils veulent changer l'homme. C'est une vision orwellienne. On change les mots pour changer l'homme. C'est frappant depuis quelques années.

La liberté d'expression menacée ?

En France, c'est vrai qu'elle est scandaleusement soue la pression des lobbies et de la justice qui n'a rien à voir dans le débat idéologique et qui, régulièrement, me sollicite. C'est profondément scandaleux. Et ça, c'est le système français. Pour un rien on vous cite en diffamation, pour incitation à la haine raciale, pour homophobie... Il n'est pas normal qu'on ait fait des textes de loi pour ça. Depuis 40 ans, le système français dérive là-dessus, c'est liberticide et cela n'aurait jamais été toléré par des grands républicains comme Clemenceau.

Propos recueillis par PHILIPPE DE BOECK 

Le soir 27-06-2013