Afghanistan : deux convertis au christianisme risquent la peine de mort - octobre 2010


Deux Afghans accusés de s’être convertis au christianisme, dont un employé du CICR, sont détenus à Kaboul et risquent la peine de mort pour avoir abjuré l’islam, a-t-on appris aujourd’hui auprès de la justice afghane.



afghanMusa Sayed, 45 ans, et Ahmad Shah, 50 ans, sont incarcérés dans le centre de la capitale, où ils attendent leur procès, a indiqué à l’AFP Din Mohammad Quraishi, ( sur la photo ) le procureur chargé des districts de l’ouest de Kaboul. “Ils sont accusés de s’être convertis à une autre religion, ce qui est considéré comme un crime par la loi islamique. Si cela est prouvé, ils risquent la peine de mort ou la prison à perpétuité”.

Selon lui, Musa Sayed, employé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) depuis 1995 et père de six enfants, “a déjà avoué s’être converti“. Quant à Ahmad Shah, “nous avons des preuves” de sa conversion. Un porte-parole du CICR, Bijan Frederic Farnoudi, a confirmé l’arrestation de Musa Sayed. “Nous avons rendu visite à M. Musa plusieurs fois dans sa prison et prévoyons de continuer à le faire”.

Les deux hommes ont été entendus par un tribunal de première instance, mais celui-ci a renvoyé leur dossier au bureau du procureur général, mettant la procédure en suspens. Interrogé sur les raisons de cette anomalie de procédure, M. Quraishi a évoqué “de possibles instructions venues d’en haut” en précisant : « Lors de l’enquête et pendant les interrogatoires, Musa Sayed a déclaré qu’il avait étudié la Bible, qu’il savait ce qu’il faisait et qu’il refusait de se reconvertir à l’islam. Ahmad Shah, lui, a dit qu’il était musulman, qu’il était victime d’une fausse accusation ».

L’Afghanistan est signataire de la Déclaration des droits de l’homme, qui prévoit la liberté de culte. Mais, comme l’explique Din Mohammad Quraishi, la loi islamique, la charia, est appliquée en priorité. «Lorsque des pays musulmans adoptent des traités internationaux, comme la Déclaration des droits de l’homme, ils ne les appliquent pas tels quels, il y a des conditions. Selon la Constitution afghane, si des points de ces traités sont contraires à la charia, ils deviennent eux-mêmes anticonstitutionnels. »

Selon plusieurs proches de M. Musa, ce dernier est le seul véritable accusé dans cette affaire. Dans une lettre envoyée de sa prison, dont l’AFP s’est procuré une copie, M. Musa a accusé Ahmad Shah d’avoir infiltré la communauté chrétienne pour le dénoncer auprès des autorités. Il ajoute avoir été “abusé et battu” en prison. Selon des sources proches de l’enquête, des ambassades occidentales à Kaboul se sont émues du sort de Sayed Musa, qui a reçu dernièrement la visite de plusieurs diplomates.

Musa Sayed et Ahmad Shah avaient été arrêtés fin mai et début juin, quelques jours après la diffusion sur une télévision locale de photos et d’une vidéo montrant des Afghans convertis au christianisme se faire baptiser, dans une maison de Kaboul selon la chaîne. Des membres du parlement afghan avaient exprimé leur colère, l’un d’eux appelant même à l’exécution publique des convertis.


Source : Afp-LeFigaro.fr & RFI



Musa Sayed, physiothérapeute pour le CICR à Kaboul en juin 2009

bivouac-id.com