Affaire Trullemans : le débat dans le débat

POLÉMIQUE Mischaël Modrikamen invité de Mise au point (RTBF)



Fallait-il inviter dimanche, sur le plateau de Mise au point, Mischaël Modrikamen, président du Parti populaire et depuis quelques jours avocat du météorologue Luc Trullemans, licencié par RTL pour avoir tenu sur Facebook, puis maintenu, des propos racistes après s’être fait agresser au volant de sa voiture ?

En d’autres termes, la RTBF a-t-elle brisé le cordon sanitaire en invitant un politicien à la droite de la droite et s’est-elle payé par ricochet la réputation de sa rivale, comme on pouvait le lire sur Twitter à l’annonce du
panel ? Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information à la RTBF, s’en défend en toute sérénité :

«Dès le week-end passé, on s’est interrogé en interne sur la juste mesure à donner à cette affaire, sans  éteindre le débat par excès de confraternité. Briser le cordon sanitaire ? Certains journalistes de RTL ont affirmé cela. Le cor don sanitaire vise à ne pas permettre l’expression en direct de partis qui dans leurs actes ou leurs propos sont racistes ou xé nophobes et portent atteinte à la “loi Moureaux”. Mais nous avons au  préalable interrogé le Centre pour l’égalité des chances et rien dans le programme du Parti populaire n’entre dans des critères de ce type. Modrikamen est populiste, mais il n’y a pas que du populisme d’extrême droite. Si nous pouvions le mettre autour de la table, ce que l’actualité justifiait, nous devions le faire dans un débat contradictoire.»

Pris à partie par Mischaël Modrikamen, qui le pressait de se positionner comme certains mandataires de sa formation, le MR Denis Ducarme n’en a pas moins spontanément rangé l’avocat à l’extrême droite de l’échiquier politique. «Je n’ai pas de leçon à recevoir du petit cousin du Front national français qui siège avec votre amie MmeLe Pen et le Vlaams Belang dans le même groupe européen que le FPÖ», a-t-il déclaré sur le plateau.

Les médias sociaux en cause


Pour Jean-Pierre Jacqmin, le cordon médiatique de toute façon ne fonctionne pas pour l’extrême droite, comme le dira au cours du débat son collègue Alain Gerlache, spécialiste des nouveaux médias de la RTBF:
«Ce cordon sanitaire autour des idées de l’extrême droite a volé en éclats. Parce que les réseaux sociaux, ce sont des médias. Toute une série de gens qui n’étaient pas écoutés, entendus ou compris y trouvent l’occasion de s’exprimer.» Ce qui lui vaudra peut-être ce tweet assassin du sénateur PS Philippe Moureaux, au sortir du studio: «En quittant le débat de la RTBF, j’ai eu le sentiment qu’on allait revivre le vieux concept nauséabond du pays réel contre le pays légal.»

Jean-Pierre Jacqmin n’en revendique pas moins le devoir d’informer: «Certains ont remis en cause la tenue de ce débat, or il y a un intérêt pour le public, et il est dans l’actualité. Il fallait l’oser après avoir démonté les
mécanismes qui se cachent derrière. Mais on ne va pas inviter Trullemans tous les dimanches!»

XAVIER FLAMENT

Le soir 06-05-2013