La chèvre et les bédouins


Rien n’illustre mieux la distance entre les cultures, pour ne pas dire l’abîme qui nous sépare du point de vue culturel, nous, les occidentaux, des bédouins qui peuplent la péninsule arabique, que ces concours de beauté qu’ils organisent chaque année pour déterminer quel est le plus beau chameau ou quelle est la plus belle chèvre. Aucun journal sérieux publié en Europe ou en Amérique n’oserait parler de ces festivals pour ruminants de peur d’ennuyer ses lecteurs ou d’être accusé de vouloir prendre en dérision une pratique culturelle qui leur est complètement étrangère et qui à vrai dire frise le grotesque.



Quelle étrange fascination les chèvres exercent, encore à notre époque, sur les Arabes du désert ! De nouveau cette année, dans un ranch près de Riyadh en Arabie Saoudite, dans ce pays où les femmes, même voilées de la tête au pieds, ne peuvent s’aventurer seules dans les rues et où toutes les activités culturelles et récréatives n’ont lieu que sous le strict contrôle de la police des moeurs, s’est tenu, et ce devant un public exclusivement masculin, un concours de beauté qui s’apparente beaucoup plus aux spectacles et défilés avec paillettes des Miss Univers et autres qu’aux compétitions d’éleveurs de nos foires agricoles, et entièrement dédié …. aux chèvres.


Dans le passé ces concours avaient la mauvaise réputation de raviver les tensions qui pouvaient exister entre les différentes tribus du royaume, ainsi depuis quelques années, après l’intervention de membres de la famille royale saoudienne, et pour éviter que ces manifestations tournent en foire d’empoigne, les animaux qui défilent sur la passerelle ne sont plus identifiés selon leur tribu de provenance et sont notés pour leurs qualités esthétiques de la façon la plus objective possible par un jury composé de 9 connaisseurs.





Pour la dernière épreuve, les 10 finalistes défilent sur une estrade couverte de tapis rouge, devant un public de 4000 amateurs, tous des mâles, rappelons-le, dans une salle où plane une légère odeur de crottin. La proclamation des vainqueurs, mâle et femelle, fera suite à une joute poétique, diffusée par haut-parleurs à plein volume, pour déterminer lequel des poètes présents dans l’assistance a composé la plus belle ode à la gloire et à la beauté de ces petits ruminants. Ensuite en toute fin, un feu d’artifice clôturera l’évènement.



Quant aux perdantes, toutes ces pauvres chèvres qui n’ont pas été sélectionnées pour la finale, plusieurs d’entre elles seront vraisemblablement égorgées au début du mois prochain pour la fête sanglante de l’Égorgement , ou Eid el-Adha, qui se tiendra cette année le 8 décembre.

Sources pour préparer ce billet : Deseret News, Die Welt et Breibart

Vidéo sur le concours de beauté des chèvres (arabe sous-titré en anglais)