Interview du président de la République, monsieur François Hollande - 28-03-2013







« Je sais ce que je veux faire ». Comme son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, huit jours plus tôt, François Hollande a maintenu la trajectoire qu’il s’était déjà fixé. Durant 1h15, au lieu des 45 minutes prévues initialement, le chef de l’Etat a dressé, jeudi soir 28 mars, un premier bilan de son action - ce qu’il a défini comme « la boîte à outils » - avant d’annoncer quelques mesures de rigueur, notamment sur les retraites et les dépenses publiques. Après une interview très dense, difficile parfois d’y voir clair sur les annonces du chef de l’Etat. Voici un décryptage du discours de François Hollande en dix phrases choc.



La mission que s'est fixé François Hollande ? Retrouver la croissance « essentielle pour l’emploi ». Le chômage reste la mère de toutes les batailles. Le chef de l’Etat a rappelé son engagement dans ce domaine : « mon premier objectif, c'est d'inverser la courbe du chômage d'ici la fin de l'année ». Le président a également tenu à rassurer : il n’y aura pas d’augmentations d’impôts supplémentaires en 2013 et 2014.

Concernant ses engagements de campagne, la taxe à 75 % sur les salaires de plus d’un million d’euros sera à la charge des entreprises, le non-cumul des mandats s’appliquera « à la fin de son mandat », quant au projet de loi sur le mariage pour tous, François Hollande n’entend pas reculer, même si la procréation médicalement assistée (PMA), qui devait être abordée dans une future loi sur la famille, semble définitivement enterrée.

« Ma priorité c'est l'emploi, mon cap c'est la croissance »
La croissance est « essentielle pour l’emploi », a dit François Hollande. Le président conserve l’ambition d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année. « Ce n'est pas un pronostic, c'est un engagement et une bataille. Les moyens sont là », a-t-il expliqué. Quels sont les moyens mis en place ? « Marché du travail, compétitivité, emplois d'avenir, contrat de génération, filières d'excellence ».

« Quand la rémunération des chefs d'entreprise dépasse 1 million d'euros, l'entreprise prendra en charge la taxe de 75% »

Le Conseil d’Etat avait mis en garde le gouvernement la semaine dernière, le taux de 75% pourrait être jugé confiscatoire par le Conseil constitutionnel. L’institution de la rue Montpensier avait déjà retoqué la mesure fin décembre. Du coup, François Hollande a tranché : la taxe sera à la charge des entreprises.Ces charges s'élèvent déjà à 25% sur l'ensemble des salaires et elles augmenteront donc de 50% sur la part au delà d'un million d'euros. Les revenus et le niveau de vie des cadres qui perçoivent ces hautes rémunérations ne seront donc pas affectés.

« Il faudra des durées de cotisations plus longues »

Sur le délicat problème des retraites, François Hollande s’est prononcé pour l’allongement de la durée de cotisation. Précisant que d’autres mesures seraient nécessaires, le président a toutefois précisé que les petites retraites seraient épargnées.

« Les allocations familiales vont être limitées pour les hauts revenus »
Oubliée, l’idée de les fiscaliser, les allocations familiales seront abaissées pour les ménages les plus aisés. Alors qu’elles étaient jusqu’à présent versées à tous les foyers sans condition de ressources, à partir du deuxième enfant.

« Nous allons faire un choc de simplification pour les entreprises »
François Hollande veut simplifier les démarches administratives des entreprises. Il a, par ailleurs, promis des mesures allégeant la fiscalité sur les cessions et les transmissions d'entreprises.

« Le budget de la défense sera en 2014 le même qu'en 2013 »
Doté d’environ 31 milliards d’euros annuels, le budget de la Défense devrait être maintenu durant la durée de la prochaine loi de programmation militaire (2014-2019). Le président a donc tranché, alors que certains s’inquiétait, à droite mais aussi à gauche, d’une diminution drastique des moyens de la politique de défense.

« Il faut accepter la légitimité du Parlement et du suffrage universel »
Malgré la présence de plusieurs milliers d’opposants au mariage pour tous, devant France Télévisions, le chef de l’Etat a réitéré sa volonté de faire voter la loi sur le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. Le texte doit être débattu par les sénateurs à compter de jeudi prochain. Concernant la PMA, le président a renvoyé à la décision du Comité national d’éthique (CNE). Il respectera son avis. Enterrée la PMA ? A priori oui, car le CNE devrait se prononcer contre. Enfin, François Hollande a rappelé son hostilité à la gestation pour autrui (GPA), qui restera « interdite en France » tant qu’il sera président de la République.

« Nous voulons des élections au Mali avant la fin du mois de juillet »
Sur ce point précis, François Hollande s’est voulu très clair : « Nous serons intraitables sur ce sujet ». La France a « atteint ses objectifs » au Mali. Quels objectifs ? D’abord, « arrêter l'offensive terroriste », ensuite « reconquérir les villes occupées par les terroristes », puis aller dans « le réduit des terroristes, dans leur sanctuaire ». La mission étant accomplie, la France va diviser par deux le nombre de soldats qu’elle a sur place d’ici le mois de juillet. Leur retrait commencera fin avril. Dans trois mois, il n’y aura plus que 2 000 soldats français sur place. Et plus que 1 000 d’ici la fin de l’année.

« Pas de livraisons d'armes [aux rebelles syriens, Ndlr] sans la certitude qu'elles seront utilisées par des opposants légitimes, coupés des terroristes »

Et le président de préciser aussitôt son sentiment : « pour l'instant, nous ne l'avons pas, cette certitude, nous ne le ferons pas tant qu'il n'y a pas la certitude qu'il y a un contrôle total par l'opposition de la situation ». François Hollande s’est ému de l’évolution de la situation sur place : « on ne peut laisser un peuple se faire massacrer sans réagir », a-t-il estimé.

« Nicolas Sarkozy est présumé innocent »

La présomption d’innocence, voilà ce que François Hollande a tenu à mettre en avant, une semaine après la mise en examen de son prédécesseur pour abus de faiblesse. Le chef de l’Etat a toutefois pris la défense du juge Gentil, en charge de l’affaire, un magistrat très critiqué par les proches de Nicolas Sarkozy. « Les juges doivent être respectés pour l'indépendance. Je suis garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire. Chaque fois qu'on met en cause un magistrat, je suis obligé d'agir. Je ne peux pas accepter, quelle que soit la personne mise en cause, qu'un juge puisse être suspecté », a-t-il estimé.