Irak : des chiens farcis vivants aux explosifs



Avant l'affaire des colis piégés, des animaux truffés d'explosifs avaient été découverts à Bagdad. Des chiens transformés en véritable bombe animale : les services de renseignement occidentaux ont donné discrètement l'alerte sur ce nouveau mode opératoire des terroristes islamistes. L'affaire, que Le Figaro révèle aujourd'hui, a longtemps été gardée secrète. Elle s'est déroulée il y a deux ans à peine en Irak.

L'armée américaine a découvert dans la zone de fret de l'aéroport de Bagdad deux chiens morts, dont l'autopsie a révélé qu'ils étaient truffés d'un puissant explosif relié à un détonateur. Ces deux chiens de rue avaient été placés dans des vari kennel (ces cages spéciales pour animaux) destinées à l'embarquement. Ils auraient dû exploser en vol. Mais les terroristes avaient mal recousu les pauvres bêtes qui sont mortes avant le décollage.

Ce qui a permis d'éviter un drame, puisque le personnel a pu constater qu'elles étaient inanimées, les extrayant du lot d'animaux à embarquer. Aussitôt, l'information a été communiquée aux services alliés des États-Unis. Des photos de médecine judiciaire représentant les cadavres des deux chiens et leurs systèmes de mise à feu ont même circulé auprès des professionnels de la sûreté aérienne.

Et une note d'alerte spécifique a été rédigée par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), cet organisme, basé à Montréal et dépendant de l'ONU, qui diffuse des consignes de sûreté à tous ses pays adhérents, dont la France. Pour le criminologue Christophe Naudin, expert dans le domaine aérien, «cette affaire illustre la détermination des activistes d'al-Qaida qui tentent désormais de contourner les contrôles antiterroristes par tous les moyens».

L'an dernier, déjà, Le Figaro avait révélé qu'un attentat raté le 28 août 2009 contre le prince Ben Nayef, ministre de l'Intérieur saoudien, avait été commis selon un mode d'action jusqu'alors inconnu. Le terroriste avait introduit l'explosif dans son corps, comme un suppositoire, pour déjouer les systèmes de détection. On sait depuis que celui qui a conçu cette bombe, Ibrahim Hassan al-Asiri, est le propre frère du «martyr», surnommé Abdullah.

Or c'est ce même artificier que l'on suspecte d'avoir préparé tant l'explosif de l'attentat raté du vol Amsterdam-Detroit, à Noël dernier, que les colis piégés partis du Yémen et interceptés à Londres et Dubaï vendredi dernier. Dans ce contexte,les aéroports vont devoir renforcer leurs contrôles sur les marchandises et les animaux. Ce qui inclut les vols de passagers puisque 80 % du fret aérien emprunte ces vols, pour seulement 20 % d'avions-cargos. «La mise à niveau impose de se préparer au pire», estime Christophe Naudin.

Selon lui, les services occidentaux s'inquiètent ainsi du possible recours à de tout jeunes kamikazes. Des agents assurent que les talibés, ces enfants soldats pris en main par des prêcheurs fanatisés, sont encore plus radicaux quand ils ont moins de 10 ans. «Au-delà de cet âge, ils exercent davantage leur libre arbitre et seraient susceptibles de renoncer au dernier moment à se sacrifier», confie froidement un expert.


http://www.lefigaro.fr/international/2010/11/01/01003-20101101ARTFIG00486-avions-de-ligne-la-menace-des-chiens-kamikazes.php